
Le village de Sidi Merouan a été crée par des familles corses grecques qui venaient de Cargèse et de Pianna en Corse.
Les ancêtres,730 en tout,étaient des maînotes originaires de Vitylo ou Oitylo (Péloponèse Magne). Cliquer ici pour voir les photos d'Oitylo. Parmi eux il y avait des crétois qui avaient fui la Crète vénitienne aprés la conquête par les turcs suite au siège de Candie (Heraklion) en 1669.Ainsi furent fondés des villages aux noms crétois dans le Magne et des noms de famille se terminant par "akis"vinrent s'ajouter aux noms de famille caractéristiques du Magne(eas et akos).Les noms actuels "italianisés" se terminant par "acci" sont bien d'origine crétoise le "akis"ayant été transformé en acci.Il en est ainsi pour toutes les familles que j'ai connues:Frangolacci,zanetacci,fremigacci,voglimacci,dragacci,ect...
Quelles sont les raisons qui poussèrent mes ancêtres à s'expatrier?
Dans ma famille il était évoqué en premier la tyrannie turque.Certes le donjon turc de Kelepha(visible sur les photos d'Oitylo) bâti en 1669 sur la colline voisine,prélude à l'occupation, était bien une sentinelle présente qui dominait Oitylo et le golfe tout entier .La présence de ce fort avait rendu la vie pénible car des attaques avaient lieu,les femmes devaient être enfermées jour et nuit .A la suite de la chute de Candie les grecs étaient désespérés et pensaient que les turcs allaient rester ici indéfiniment.
Mais il ne faut pas ignorer également les querelles entre les familles à Oitylo pour des questions de pouvoir et de richesse qui engendraient la haine et demeuraient sources de conflit.
Je pensais également aux conditions de vie qui ne devaient pas être faciles...cette région connaissait les vendettas, les corsaires.
L'ensemble de ces raisons poussèrent ces familles à chercher un nouveau foyer.Aprés une prospection par l'un d'entre eux, habitué aux voyages, la république de Gênes accepta avec joie l'implantation de ces étrangers en Corse,territoire qui lui appartenait et où les habitants se rebellaient contre son autorité.C'est ainsi que fut concédé le territoire de Paomia prés d'ajaccio.Les familles embarquèrent le 3/10/1675 au nombre de 730.Durant une cinquantaine d'années ils vécurent en bonne intelligence avec les autochtones et transformèrent la région qui devint prospère.Ils vivaient en paix mais leur religion,leur langue leurs coutumes les differenciaient de leurs voisins qui jalousaient leur prospérité.
En 1729 les difficultés commencent car durant la révolte des corses contre les génois,ils refusent de se rebeller contre leurs bienfaiteurs.Les corses saccagent leurs propriétés;ils vont vivre à Ajaccio pendant 43 années.En 1768 la Corse devient française et ils sont ramenés à Cargèse en 1793.
En 1874 des familles ,au nombre de 80 ,émigrent en Algérie et créent Sidi Merouan.33 familles arrivèrent en premier et les autres membres arrivèrent un an plus tard.
La concession est de 130 à 150 ha et est composée d'un jardin,de vignes et de deux champs à l'extérieur du village.Ils amenèrent du matériel,des semences et construisent les maisons,l'église et l'école.Les noms étaient d'origine grecque et avaient été italianisés par Gêne:Dracacci,fremigacci,voglimacci
Mais d'autres étaient d'origine latine Alesandri,Battini.
La commune est crée en 1881 et en 1900 il y a 600 habitants.Les jeunes désirant travailler à leurs comptes vont partir vers d'autres villages et c'est ainsi qu'à Lutaud vont être concédées des terres à ces jeunes.

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C'est à Lutaud que j'ai vécu enfant.Ce village était un village typique de la colonisation avec une rue principale,un bloc où il y avait la poste,la mairie ,l'école à classe unique où se mélangeaient les deux communautés , deux cafés .L'église ,où le curé Mattei venait dire la messe à l'occasion ,était au centre entourée d'un jardin public où il y avait un terrain de boules....Les noms étaient en majorité des noms corses grecs:voglimacci,fremigacci . Je n'ai pas le souvenir d'avoir été le temoin d'un heurt quelconque entre les communautés qui vivaient en osmose à l'école ,au café et qui communiquaient,mon père parlait l'arabe couramment (ce qui était le cas de tous les autres colons) et l'écrivait .
En 1962 indépendance de l'algérie,certains viennent sur le continent,d'autres retournent en Corse,rêvant de retrouver la mère patrie.Aidés par les banques qui connaissaient leur esprit d'entreprise,ils vont être jalousés et certains verront leurs vignes ou leurs instruments de travail incendiés par les corses.
Mon père alors bien malade déjà,n'a pris conscience de la nécessité du départ que lorsqu'il est revenu à lutaud en novembre 1962 et qu'il a découvert la maison habitée par des gens étrangers au village.Il est parti déchiré du pays où il était né et où il avait vécu tout au long de sa vie ...